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 Mélanie Heuschen   Vétérinaire comportementaliste 

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Adopter un chiot qui vient d’une « usine à chiots », qu’est-ce que cela implique ?

A travers cet article, je souhaite expliquer ce que cela implique lorsqu’on achète, souvent sans le savoir, un chiot qui s’est développé dans de mauvaises conditions. Car malheureusement, les conditions de développement, de la naissance jusqu’à ce qu’il arrive chez vous, vont déterminer une grande partie de son caractère une fois adulte et cela ne sera pas sans conséquences même si vous souhaitez lui offrir le meilleur après son adoption.

 

La période de vie d’un chiot entre 2 et 8 semaines est cruciale pour le futur comportement de notre ami à 4 pattes! Si elle ne se passe pas dans des conditions optimales, les conséquences sont souvent irréversibles et les humains ayant adopté ces chiots se retrouvent souvent bien démunis face à des réactions inhabituelles d’un chien à qui il semble « manquer des cases ». Et c’est en effet, sur un plan imagé, ce qui se passe réellement lorsqu’un chiot n’a pas eu les apprentissages qu’il aurait dû avoir lors de cette période très sensible où il se trouvait encore avec sa mère, pour peu qu’il n’ait pas été séparé de sa mère beaucoup trop tôt comme cela est souvent le cas dans ces « usines à chiots ».

 

Entre 5 et 7 semaines de vie se produit un phénomène particulier au niveau du cerveau du chiot appelé « stabilisation sélective ». Ce terme scientifique compliqué signifie juste que tous les neurones n’ayant pas été stimulés dégénèrent. Cela a pour conséquence que, si le chiot n’a pas mémorisé certains apprentissages qui auraient dû lui être enseignés par sa mère avant cette période, il lui sera très difficile de les acquérir par la suite car les circuits neuronaux sur lesquels reposent ces apprentissages seront perdus! De même, s’il n’a pas rencontré certains stimuli considérés comme normaux, il seront interprétés par le cerveau, lorsqu’il les rencontrera plus tard, comme anormaux et cela engendrera des réactions de peur non contrôlées. Cela n’est pas irréversible mais la rééducation de ces chiens demandera une énergie considérable et sera quasi impossible sans l’aide de professionnels compétents. De nombreux adoptants seront dépassés, à juste titre, et ces chiens finiront leur vie dans un refuge ou pire, seront euthanasiés pour agressivité.

 

Il est pour cela important de savoir reconnaître les signes d’un trouble du développement pour pouvoir se faire aider le plus vite possible et éviter des catastrophes.

 

Jusqu’à 8 semaines, il est impératif que le chiot soit au contact de sa mère ou de chiens adultes régulateurs qui lui apprennent les codes canins et l’autocontrôle. Lorsque les jeux sont trop violents, que le chiot mord trop fort ou s’excite de manière exagérée, il se fait remettre à sa place par les adultes. De même, il apprend à communiquer avec les autres chiens en imitant les adultes et en expérimentant lui même les signaux appris. Dans les « usines à chiots », on est peu regardant sur le caractère des chiennes que l’on fait reproduire. On fait faire des portées à des chiennes qui souffrent peut-être elles-mêmes de troubles du comportement ou qui sont trop jeunes pour éduquer correctement leurs chiots. On sépare les chiots de leur mère alors qu’ils n’ont seulement que 5 semaines et qu’ils n’ont pas eu le temps de faire ces apprentissages. Cela peut avoir comme conséquence des chiots hyperactifs, qui sont incapables de jouer sans faire mal, qui s’excitent de manière exagérée dans les jeux et qui sont incapables de s’arrêter et de se concentrer. Certains chiots, qui ne maîtrisent pas le langage canin, sont incapables de gérer les rencontres avec les autres chiens et se font attaquer car ils envoient de mauvais signaux aux chiens d’en face. Ces chiens-là finissent souvent par être très agressifs envers les autres chiens car ils anticipent les rencontres qui se passent mal. Dans le pire des cas, certains chiots n’ont aucune connaissance des règles sociales et cela engendre un trouble des relations avec n’importe quel individu, chien ou humain. Ce sont alors des chiens qui réagissent de manière très agressive, sans contrôle, à toute frustration. Heureusement, ces cas extrêmes sont rares.

 

On a vu également plus haut l’importance de l’enrichissement du milieu de développement du chiot. Les stimuli rencontrés dans les 8 premières semaines de vie permettent au chiot d’établir un rérérentiel sensoriel. Si le chiot s’est développé dans un milieu pauvre, sans contact positif avec les humains, ou est issu d’une mère peureuse (car elle a elle-même grandi dans des conditions défavorables) qui a transmis ses peurs à ses chiots, toute stimulation nouvelle rencontrée après l’adoption entraînera des réactions de peur. Et tout le monde imagine bien ce qui se passe dans ces « usines à chiots », où les chiens sont confinés dans des cours, des cages ou des chenils et où les contacts avec les humains sont peu nombreux et plus souvent désagréables que positifs. Les adoptants seront alors confrontés à un chiot très timide qui a peur de tout y compris des gens. Ce sont souvent des chiots qui font craquer les gens car ils ont l’air tellement malheureux dans le fond de la cage ou du box. Ce sont pourtant des chiots qui ont une plus forte probabilité de devenir des chiens anxieux et agressifs. En effet, ces chiens qui émettent de nombreux signaux de peur, interprétés par les humains comme des signaux agressifs, finiront par mordre car ils ne trouveront plus d’autres alternatives pour éloigner ce qu’ils considèrent, de manière irrationnelle, comme un danger pour leur vie.

 

Beaucoup d’indices peuvent vous faire suspecter qu’un chiot n’a probablement pas eu un développement optimal:

  • un chiot mis à l’adoption avant ses 8 semaines de vie
  • un chiot tout seul dans sa cage ou étant toujours en contact avec d’autres chiots mais n’ayant déjà plus de contacts avec sa mère ou des chiens adultes depuis on ne sait pas combien de temps (les chiots sont encore trop petits pour être capables de se réguler les uns les autres)
  • un ou des chiots enfermé(s) dans une cage, un box en plastique ou un chenil
  • un chiot qui a peur de vous lorsque vous vous en approchez ou qui reste prostré dans le fond de sa cage
  • ou au contraire un chiot hyperexcité qui ne cesse pas de jouer une seconde, qui mange ses copeaux, qui renverse tout, qui vous mord les mains et fait mal ou qui ne se calme pas à votre contact
  • un élevage où les chiots sont toujours avec leur mère mais où les chiens sont maintenus dans un environnement pauvre en stimuli habituels de la vie humaine (un chenil, un garage, une grange,…)
  • une portée issue d’une mère extrêmement peureuse

 

Méfiez-vous des annonces où un même « élevage » propose plus de 3 races différentes. Beaucoup d’anciennes animaleries se sont converties en « éleveurs commerçants », le seul statut autorisant légalement la commercialisation de chiots issus d’autres élevages et de chiots provenant de l’étranger, principalement de Tchéquie, Slovaquie et Hongrie (pays qui se sont spécialisés dans la production de chiots en grande quantité). Je ne dis pas que tous les chiots issus de ces endroits auront des problèmes de comportement mais le risque est considérablement plus grand de tomber sur un chiot peureux ou hyperactif que si vous adoptiez dans un élevage de qualité.

 

Lorsque l’on est décidé à adopter un chiot, il vaut toujours mieux prendre son temps et sélectionner un élevage où l’éleveur est passionné par une ou 2 races maximum. Il pourra alors vous donner les meilleurs conseils concernant ces races. Dans les élevages de qualité, les mères ont été sélectionnées avec soin, les chiots ont été choyés, ont rencontré plein de stimuli différents et ont eu le temps d’acquérir les apprentissages indispensables, au contact de leur mère et d’autres adultes régulateurs. Vous pourrez pré-réserver un chiot avant même sa naissance, aller voir les chiots plusieurs fois avant l’adoption et vous aurez donc l’occasion de choisir, de manière réfléchie et avec les conseils de l’éleveur, le chiot qui vous conviendra le mieux. N’hésitez pas à demander conseil à un professionnel, vétérinaire ou éducateur canin utilisant des méthodes douces, afin de préparer au mieux la venue de votre nouveau petit compagnon à 4 pattes!

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Mes coordonnées

Docteur Mélanie Heuschen
Vétérinaire titulaire du Diplôme Universitaire de Psychiatrie Vétérinaire
Rue Fossé Botton 26
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