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 Mélanie Heuschen   Vétérinaire comportementaliste 

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Impact du confinement sur les chiots en période de socialisation

On pourrait penser que les chiots adoptés pendant le confinement risquent d’avoir beaucoup plus de problèmes de comportement mais, en fait, tout dépend de ce qui est mis en place au moment de l’arrivée du chiot, qu’on soit en période de confinement ou pas.

Le chiot nouvellement adopté va reporter l’attachement qu’il portait à sa mère sur son nouvel humain qui aura alors la lourde charge de continuer le travail entamé par la maman chien. Il faudra  continuer à travailler les auto-contrôles, gérer les mordillements et lui apprendre à être propre et tout cela demandera une surveillance de tous les instants, y compris la nuit les premiers jours! De ce point de vue-là, être en confinement peut-être bénéfique car on aura alors plus de patience et plus de temps à consacrer à notre petit compagnon. 

Par contre, la maman chien ayant déjà entamé un processus de détachement tout à fait naturel (le chiot ne pouvait plus téter quand il le voulait), il ne faudra pas oublier que, savoir rester seul, pour un chiot, ça s’apprend aussi! Il faudra mettre en place, dès le début, des règles claires et compréhensibles pour que le chiot comprenne que les humains ne sont pas « à sa disposition » en permanence, ce qui pourrait créer de l’agressivité à la puberté et de l’anxiété de séparation! De ce point de vue-là, être à la maison 24h/24 peut être problématique si on ne fixe pas des moments où on apprend au chiot à rester et à s’occuper tout seul! Il arrivera un jour où la vie reprendra un rythme normal (effréné!) et il faut y préparer son chiot. 

Il ne faut pas oublier non plus qu’un chiot dort beaucoup et cela est nécessaire pour l’assimilation de tous les nouveaux apprentissages qu’il expérimente tous les jours (tout est nouveau pour lui)! Lui aménager un coin à lui, sécurisant, où il peut se reposer sans être dérangé en permanence et hors de portée des enfants si on en a, est donc vivement recommandé, surtout en cette période de confinement!

 

En ce qui concerne la socialisation avec les congénères, le confinement, empêchant toute interaction en liberté avec d’autres chiens que ceux de la famille s’il y en a, peut vraiment engendrer de grosses difficultés relationnelles avec les autres chiens par la suite! Cependant, le manque de socialisation intra-spécifique, entraînant agressivité envers les congénères et réactivité en laisse, est un des problèmes les plus fréquents, même en-dehors de tout confinement! En effet, même en temps normal, un nombre significatif de chiots ne rencontreront plus aucun chien durant le reste de leur vie, autrement qu’attachés en laisse, ou, lorsqu’un chiot a l’occasion d’interagir librement avec d’autres chiens, les rencontres sont souvent mal organisées. Cela est souvent dû à la mauvaise reconnaissance des signaux de stress par les humains et à la croyance tout à fait erronée qu’il faut laisser le chiot se débrouiller pour qu’il apprenne! On laisse le chiot interagir, sans réelle surveillance et sans intervenir, sauf lorsque ça tourne au pugilat, avec des chiots et des chiens parfois brutaux, manquant d’auto-contrôle et même quelques fois agressifs! Chaque rencontre qui s’est mal passée entraîne des traumatismes rendant le chiot de plus en plus méfiant envers ses congénères. 

Il vaut mieux peu de rencontres mais toutes de qualité que beaucoup de rencontres, dont certaines se sont mal passées! De ce fait, je ne pense pas que les 2 mois de confinement changeront grand chose dans les statistiques de chiens « réactifs ». Et il sera toujours temps d’organiser des rencontres de qualité par la suite, avec des chiens amicaux et patients et des personnes formées pour gérer les interactions de manière optimale. Il existe de nombreux éducateurs canins qualifiés, utilisant des méthodes positives, qui proposent des activités permettant aux chiens de se rencontrer dans d’excellentes conditions. J’en connais et je n’hésite jamais à leur envoyer des chiots et des chiens qui en ont besoin!

 

Lors de la socialisation du chiot, il est également indispensable de lui faire rencontrer le plus de personnes différentes possibles. Le confinement empêchant les visites et les interactions rapprochées peut poser problème, surtout dans les familles sans enfant ou pour les personnes vivant seules avec leur chiot. La période de socialisation se terminant vers 16 semaines chez les chiots, si on attend la fin du confinement pour présenter de nouvelles personnes au chiot, on risque en effet d’avoir un chiot craintif envers les inconnus et c’est souvent la peur qui entraîne de la réactivité par la suite! Pour éviter cela, on peut jouer à se déguiser: mettre des chapeaux, des lunettes de soleil, se coiffer de différentes façons, porter une écharpe ou un masque et entamer un jeu avec le chiot, déguisé de la sorte! 

On peut également se déplacer différemment, marcher à 4 pattes ou avec une canne, par exemple pour que le chiot apprenne que les humains ont différentes façon de se mouvoir. Comme il y a des humains qui parlent fort, qui rigolent bruyamment et qui font beaucoup de gestes en s’exprimant, on peut aussi habituer le chiot à ces différentes façons de communiquer en émettant différents sons et en faisant toutes sortes de gestes, plus ou moins brusques, avant de lancer une poignée de friandises au sol par  exemple. On peut aussi faire participer les voisins ou les enfants des voisins, qui ne manqueront pas de s’extasier devant une petite boule de poils si mignonne, en leur demandant de lancer une friandise au chiot tout en gardant les distances de sécurités bien sûr! Le confinement peut avoir ça de bon qu’être obligé de garder une distance de sécurité permet d’habituer en douceur le chiot à rencontrer différentes personnes, évitant que des inconnus qui le croisent et le trouvent trop craquant, se jettent littéralement sur le chiot de manière beaucoup trop rapide et brusque, ce qui peut générer du stress et créer des associations négatives!

 

Comme pour la socialisation aux humains, l’habituation à toutes sortes de situations de la vie quotidienne que le chiot sera amené à rencontrer tout au long de sa vie est plus facile avant l’âge de 16 semaines. Cependant, cette habituation doit se faire en douceur et chaque nouvelle expérience doit être vécue positivement pour le chiot pour ne pas créer une association négative et générer de la peur par la suite. Si le chiot vient d’un petit élevage familial où les chiens vivent dans la maison, l’éleveur-euse aura déjà commencé ce travail et vous donnera les meilleurs conseils pour continuer le travail commencé. Personnellement, je conseille aux futurs adoptants de dresser une liste des situations de la vie courante qu’ils souhaitent que le chiot vivent avec eux, et de créer, à partir de cette liste, un plan d’entraînement pour habituer de façon très progressive le chiot à toutes ces situations, en faisant très attention que chaque expérience soit vécue de manière positive! Le confinement risque donc de poser plus de problèmes chez des chiots peu stimulés au sein de leur élevage d’origine, étant donné qu’il restera alors peu de temps aux adoptants pour faire découvrir, de manière adaptée, de nombreuses situations que le chiot n’aura jamais expérimentées à l’élevage! 

Il est dans tous les cas obligatoire de sortir son chiot et de lui faire découvrir les environs dès son adoption, même s’il doit encore recevoir des vaccins! La période de socialisation est une période cruciale de la vie du chiot. L’habituation à tout ce qui n’aura pas été expérimenté, de manière positive, j’insiste, pendant cette période, sera beaucoup plus difficile à réaliser par la suite! Cependant, comme pour les rencontres avec les congénères, il vaut mieux moins d’expériences, mais toutes positives, que de nombreuses expériences dont certaines négatives! De ce fait, le confinement a un côté positif car, les rues étant plus calmes, l’habituation se fera naturellement de manière beaucoup plus progressive! 

Il existe aussi des exercices qu’on peut réaliser à la maison afin de renforcer la confiance du chiot et lui apprendre à apprécier tout ce qui est nouveau, en utilisant le jeu et la nourriture notamment.  Si on a plus le temps, avec le confinement, c’est l’occasion de répéter ces exercices et d’avancer dans son plan d’entraînement « mission socialisation de mon chiot »!

 

Le fait que les écoles d’éducation canine soient fermées n’empêche pas d’apprendre au chiot les commandes de base. D’autant plus que tout ce qu’on apprend dans un club d’éducation ne sert pas à grand chose si on ne répète pas les exercices à la maison ainsi que dans différents environnements. On peut donc tout à fait commencer les exercices à la maison, ce qui est même plus facile car il y aura beaucoup moins de distractions que dans un club d’éducation canine et le chiot aura plus facile de se concentrer.

Le tout est de trouver les bons conseils! Internet regorge de programmes d’éducation, d’entraînement ou de « dressage » canin! Il n’est pas facile de distinguer les formations de qualité des autres. Malheureusement, souvent, on ne s’en rend compte qu’après avoir payé pour y avoir accès! Si on vous parle de « dresser » le chien, de dominance, de chef de meute, si on vous conseille d’utiliser un collier étrangleur, de tirer sur la laisse ou d’exercer une pression sur le chien pour lui faire prendre une position, ou pire d’agiter un bidon rempli de cailloux dans sa direction, de le plaquer au sol, de le secouer par la peau du cou, de le frapper avec un journal ou même simplement de lui crier dessus, par pitié, passez votre chemin! Si on vous promet des solutions rapides et nécessitant peu de travail, ce sera toujours au détriment du bien-être de votre petit compagnon! Il n’y a pas de miracle et les résultats seront toujours à la hauteur de l’investissement réalisé! 

Attention cependant que s’investir dans l’éducation de son chiot ne veut pas dire le faire travailler 3 heures tous les jours! De 2 à 5 séances ludiques de quelques secondes à grand maximum 10 minutes (si on entre-coupe les exercices avec quelques minutes de jeu) par jour seront déjà très fatigantes pour un jeune chiot et il aura besoin de bien dormir après pour assimiler tous ces nouveaux apprentissages! L’objectif final de tous les exercices étant de pouvoir appliquer les apprentissages dans la vie de tous les jours, on peut déjà demander au chiot de répondre aux commandes apprises dans toutes sortes de situations rencontrées! Si l’utilité d’un bon rappel semble évidente, d’autres commandes de base, comme un assis ou un couché par exemple, peuvent être renforcées si on les demande avant de commencer un jeu, avant de donner la gamelle, un jouet ou un os à ronger, avant d’attacher ou de détacher la laisse, avant d’ouvrir le coffre de la voiture, etc.

 

Pour occuper son chiot pendant le confinement, en plus des promenades (pas trop longues) lui permettant de découvrir son environnement et des sorties régulières pour l’apprentissage de la propreté, quelques séances d’exercices par jour seront déjà bien fatigantes pour le chiot. L’exercice mental, la mastication et l’utilisation du flair sont des activités plus fatigantes que l’exercice physique. On peut donc aussi donner une partie ou la totalité de la ration journalière du chiot dans des jouets distributeurs ou des jouets à fourrer! On peut également éparpiller de la nourriture dans une pelouse ou partout dans la maison pour jouer à « cherche »!

On peut encore installer un parcours dans sa maison ou son jardin et apprendre au chiot à traverser les obstacles, ce qui le préparera aux sports canins, si on souhaite partager ce genre d’activité avec son chien plus tard, et l’aidera à devenir plus téméraire! Les sauts étant déconseillés en croissance, il faut cependant veiller à ne pas faire des obstacles trop hauts. Je déconseille par contre de dépenser son chiot en le faisant bêtement courir derrière une balle. Il vaut mieux lui apprendre à donner, lâcher ou rapporter un objet voire à ranger ses jouets, ce qui le fera réfléchir tout en travaillant ses auto-contrôles, plutôt que de sur-stimuler son instinct de prédation derrière une balle au risque de développer un trouble obsessionnel! 

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Docteur Mélanie Heuschen
Vétérinaire titulaire du Diplôme Universitaire de Psychiatrie Vétérinaire
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